Onéguine de John Cranko par le Ballet de l’Opéra de Paris – Qui voir danser sur scène
Beaucoup donné dans les années 2010 à l’Opéra de Paris, Onéguine de John Cranko s’est fait plus rare sur la scène parisienne ces derniers temps, et cela fait sept ans que cette superbe production n’était plus revenue au Palais Garnier. Tant mieux. Après avoir été superbement porté par toute une génération – personne n’a oublié les adieux d’Isabelle Ciaravola en 2014 dans ce ballet – ce chef-d’œuvre du ballet classique narratif avait besoin d’une petite pause au Ballet de l’Opéra de Paris. Et c’est un immense plaisir de le retrouver, du 6 février au 4 mars avec des distributions largement renouvelées. Il y aura des surprises, des retrouvailles bienvenues, un invité de marque. Bref, une belle série qui s’annonce.
La représentation S’il n’en fallait qu’une
Mathieu Ganio (Onéguine), Ludmila Pagliero (Tatiana), Marc Moreau (Lenski), Léonore Baulac (Olga) et Mathieu Contat (Le Prince Grémine) : les 8, 18 et 21 février, le 1er mars.
On ne le dira jamais assez : Onéguine, c’est un quatuor (voire un quintet), pas un duo. Il est ici somptueux, avec quatre Étoiles qui connaissent bien leurs personnages. Mathieu Ganio danse Onéguine depuis 2011 et en a fait l’un de ses plus grands rôles, personnage tourmenté et sombre plus que hautain. Ludmila Pagliero est Tatiana depuis 2014. Et tous deux ont déjà été un puissant duo lors de la dernière reprise en 2018. Idem pour Marc Moreau, habitué de Lenski, ou de Léonore Baulac primesautière Olga en 2018 et dont il sera passionnant de suivre l’évolution. Ces deux artistes auraient aussi pu prétendre aux deux rôles principaux, en l’espérant lors d’une prochaine reprise. Quoi qu’il en soit, voilà un quatuor de haute volée, plein de maturité, qui connaît ce ballet sur le bout des doigts. Immanquable – sans oublier bien sûr les adieux de Mathieu Ganio dans ce rôle iconique le 1er mars.

Onéguine de John Cranko – Ludmila Pagliero et Mathieu Ganio en répétition
La distribution Tout feu tout flamme
Hugo Marchand (Onéguine), Dorothée Gilbert (Tatiana), Guillaume Diop (Lenski), Aubane Philbert (Olga) et Antonio Conforti (Le Prince Grémine) : les 6, 9, 12, 16 et 20 février.
Incroyable mais vrai : Hugo Marchand et Dorothée Gilbert n’ont jamais dansé Onéguine ensemble sur la scène de l’Opéra de Paris. Il était temps que cet oubli soit réparé, deux ans avant les adieux de la deuxième. On sait que ce duo est incandescent, on connaît leurs qualités dramatiques et la puissance de leur partenariat : cela promet d’être intense. À charge aux deux autres de savoir prendre leur place. Guillaume Diop est dans le bon moment de sa carrière pour aborder Lenski, après avoir découvert Des Grieux il y a peu. On aurait préféré le voir en duo avec Bianca Scudamore, cela fonctionnait si bien entre deux dans La Bayadère il y a deux ans. Mais voilà une très belle opportunité pour Aubane Philbert, pilier du corps de ballet et qui a là véritablement son premier grand rôle.

Onéguine de John Cranko – Dorothée Gilbert et Hugo Marchand en répétition
La distribution prestige
EDIT : Pour convenance personnelle, Reece Clarke a annulé sa venue à Paris. C’est bien Florent Melac qui assure les dates du 14 et 17 février.
Reece Clarke, Étoile invitée (Onéguine), Hannah O’Neill (Tatiana), Milo Avêque (Lenski), Roxane Stojanov (Olga) et Jérémy-Loup Quer (le Prince Grémine) : le 10 février.
Reece Clarke, Principal au Royal Ballet de Londres, n’est pas aussi connu que sa collègue Marianela Núñez. Il n’est pourtant à ne pas rater non plus ! Principal depuis à peine trois ans, il n’en est pas moins un grand interprète, un danseur virtuose, et un excellent partenaire. En bref, un Onéguine de luxe pour Hannah O’Neill qui fera ses débuts en Tatiana. Quelle bonne habitude, décidément, de faire signe aux grandes stars de Londres, même si c’est un peu en dernière minute. Nouvellement Étoile, Roxane Stojanov a comme quelque chose du contre-emploi en Olga, cela sera justement l’occasion pour elle de montrer sa versatilité artistique. Milo Avêque, tout juste promu Coryphée lors du dernier Concours de promotion, brillait surtout dans le répertoire contemporain ces derniers temps. Lenski est une sacrée opportunité pour lui, qui suscite beaucoup de curiosité car le danseur a une personnalité marquante. À voir, là encore, comment ce quatuor arrivera à se mettre en place. Ce qui amène à la distribution en suspens, avec Florent Melac dans le rôle-titre (14 et 17 février), peut-être blessé.

Onéguine de John Cranko – Reece Clarke et Hannah O’Neill en répétition
La distribution pleine de promesses
Germain Louvet (Onéguine), Sae Eun Park (Tatiana), Pablo Legasa (Lenski), Naïs Duboscq (Olga) et Alexandre Gasse (le Prince Grémine) : les 24, 26 et 28 février.
Sae Eun Park avait dansé Tatiana en 2018, mais dans un duo bancal avec Hugo Marchand. Germain Louvet était alors Lenski, encore un peu sage. En sept ans, les choses ont bien changé. Sae Eun Park est devenue l’Étoile la plus brillante de l’Opéra de Paris, y compris dans le répertoire tragique – sa Manon était mémorable. Germain Louvet a pris depuis une ou deux saisons un autre tournant dans sa carrière, prenant une véritable épaisseur interprétative dans les ballets narratifs – on se souvient il y a quelques mois de son passionnant Rodolphe dans Mayerling. Le duo, encore un peu sage il y a quelques saisons, a montré là encore un nouvel attrait dans Giselle l’année dernière, qui donnait l’envie d’en voir plus. Voilà l’occasion toute trouvée. Pablo Legasa est peut-être le Lenski le plus prometteur de cette reprise. Ce danseur mêle l’âme de poète à une fougue toujours présente, quelle belle prise de rôle pour lui ! Il est accompagné par Naïs Duboscq, qui connaît déjà le rôle d’Olga et qui assure toujours avec honnêteté ses chances de solistes. À voir ensuite comment le quatuor prendra forme, cela attise notre curiosité.

Onéguine de John Cranko – Sae Eun Park et Germain Louvet en répétition
La distribution découverte
Jérémy-Loup Quer (Onéguine), Amandine Albisson (Tatiana), Alexander Maryianowski (Lenski), Bianca Scudamore (Olga) et Thomas Docquir (le Prince Grémine) : les 22, 25 et 27 février, le 4 mars.
Amandine Albisson avait été nommée Étoile en Tatiana il y a dix ans, sans forcément énormément convaincre, il faut le dire. Mais le temps a passé depuis, la danseuse a semblé trouver une nouvelle sérénité dans sa danse. C’est aussi son retour en scène après une année d’absence. Elle est accompagnée par le solide Jérémy-Loup Quer qui, s’il fait sa prise de rôle en Onéguine, connaît bien ce ballet qu’il danse depuis longtemps. L’on a donc affaire à un duo assuré, qui a l’habitude de danser ensemble et qui sait où il va. Les prises de rôle d’Olga et Lenski attisent toutefois plus la curiosité. Alexander Maryianowski, Coryphée, se fait remarquer doucement mais sûrement dans de petits rôles, l’intérêt de le voir dans un rôle de premier plan est vif. Bianca Scudamore, elle, en a déjà eu l’expérience plusieurs fois. Plus dans l’ombre depuis quelques années, on se réjouit de la retrouver dans une si belle prise de rôle, où elle a tout pour briller.

Onéguine de John Cranko – Amandine Albisson et Jérémy-Loup Quer en répétition
Gitel
Les commentaires m’aident énormément a aimer les représentations et les voir avec un goût de curiosité et découvrir
Les artistes magnifiques de l opera