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[Prix de Lausanne 2025] La finale remportée par Youn Jae Park

La finale du Prix de Lausanne 2025 a eu lieu le samedi 8 février au Théâtre de Beaulieu. Les 20 candidats et candidates, choisies la veille par le jury à l’issue des Sélections, ont présenté devant une salle comble leur variation classique et contemporaine. Et c’est Youn Jae Park, formidable candidat venu de Corée du Sud, qui l’a remporté, à l’issue d’une très belle finale. 

 

Youn Jae Park, gagnant du Prix de Lausanne 2025

 

Résultats du Prix de Lausanne 2025

Lauréat du Prix de Lausanne 2025, Prix du meilleur jeune espoir : Youn Jae Park (214), 16 ans et 3 mois, Corée du Sud, Seoul Arts High School

Deuxième bourse : Eric Poor (208), 15 ans et 8 mois, États-Unis, Ballet Conservatory

Troisième bourse, Prix Beaulieu, Prix du public : Shinnosuke Yasuumi (423), 18 ans et 7 mois, Japon, Reiko Yamamoto Ballet School

Quatrième bourse : Hanxi Wang (314), 17 ans et 11 mois, Chine, Shanghai Dance School

Cinquième bourse : Hector Jain (418), 18 ans et 4 mois, États-Unis, Académie Princesse Grace

Sixième bourse : Ryan Handa (424), 18 ans et 9 mois, États-Unis, John Cranko School

Septième bourse : Hono Hamasaki (102), 15 ans et 2 mois, Japon, Yuki Tokunaga Ballet school

Huitième bourse :  Bogyeong Kim (302), 17 ans, Corée du Sud, Busan Arts High School

Neuvième bourse, Prix d’interprétation contemporaine, Prix de l’audience web : Jakob Wheway Hughes (408), 17 ans et 7 mois, Royaume-Uni, Tring Park School for the Performing Arts

 

Quelle finale pour cette édition 2025 du Prix de Lausanne ! Il y avait pléthore de candidats et candidates talentueuses, beaucoup de personnalités. Et, comme souvent, le niveau est monté d’un cran suite aux Sélections de la veille, comme si les restes d’une timidité étaient définitivement partis une fois une place en finale assurée. La première place à Youn Jae Park, cela sonnait comme une évidence, et dès les Sélections. Lors de la finale, il n’a pas flanché, avec une variation tout simplement irrésistible de Flammes de Paris. C’était brillant, engagé, charismatique, enthousiasmant. Et déjà si plein de maturité alors que ce jeune danseur, encore chez les Junior, n’a que 16 ans ! On le sent déjà prêt à entrer dans le monde professionnel. Sa variation contemporaine, Rain de Kinsun Chan, était un peu moins marquante, même s’il a su y mettre de jolis contrastes et montrer tout autre chose que lors de sa variation classique. Sa première place semblait toutefois indiscutable.

Shinnosuke Yasuumi lui aussi a marqué les esprits, avec un Désiré de grande classe et beaucoup de maturité, et la très efficace variation contemporaine Groovin’ de Quinn Bates, bien envoyée. Même programme et tout autant de réussite pour Hector Jain, qui aurait pu aussi décrocher le prix de l’interprétation contemporaine. Quel sens du détail, quel travail affiné et intelligent ! La « Patte » Académie Princesse Grace se ressent décidément chez chacun de ses élèves. Ryan Handa a aussi été éblouissant en Solor, prenant tout l’espace comme un soliste. Ces trois jeunes danseurs méritaient une bourse sans discussion, qu’importe le classement. À l’inverse, Eric Poor est encore un talent en travail. Mais il a montré une personnalité généreuse en scène, le jury récompense là le potentiel, évident chez ce jeune artiste. Idem pour Jakob Wheway Hughes, encore un peu brouillon – et peut-être l’un des seuls à avoir été un peu en-dessous par rapport aux Sélections. Mais il sait prendre la scène – le public l’a d’ailleurs suivi – et a proposé une superbe variation contemporaine, son prix n’est pas usurpé. Au passage, on ne peut d’ailleurs que remercier les candidats ayant choisi Groovin’ de Quinn Bates, variation inventive et moderne, qui swingue, et qui nous change des variations présentes depuis un peu trop longtemps et et vues trop de fois.

Du côté des filles, Hono Hamasaki a montré un remarquable travail dans son Éveil de Flore, une jolie danseuse à suivre. Elle faisait partie de mes favorites pour avoir une bourse. Hanxi Wang m’a un peu moin séduite dans sa variation de Raymonda, il manquait pour moi un peu de poésie, mais son impeccable travail académique est indéniable. Et sa variation contemporaine, 1st Flash solo 2 de Jorma Elo, fut enlevée avec brio. Je pourrais faire la même réflexion pour Bogyeong Kim, dont la Gamzatti était pour moi un peu sèche – dans cette même variation, j’ai nettement préféré Yihan Qin. S’il n’y a pas eu néanmoins de véritable incompréhensions cette année, je regrette personnellement de ne pas avoir vu primée Yuzuki Yamatani, l’élève japonaise du CNSMD, qui a proposé une si vivante variation de Giselle. La danseuse paraissait accuser un peu de fatigue, mais nul doute qu’elle devrait recevoir des propositions intéressantes. Chloe Helimets, déjà très connue du réseau des concours, a proposé un travail impressionnant pour son jeune âge, mais n’a pas forcément su amener une personnalité marquante. Elle fut la plus jeune du Concours, elle a bien le temps d’évoluer.

Cette après-midi de danse fut une nouvelle fois enthousiasmante. Chaque candidat et candidates, primée ou non, a su apporter quelque chose, faire vivre sa danse en scène, proposer un véritable moment artistique. « Dans une société incertaine, soyez fiers d’incarner ce qui fait notre humanité« , leur a lancé Laurent Hilaire, Président du jury, juste avant la remise des Prix. Chacune et chacune semble en avoir été une belle illustration. Entre les épreuves et les résultats a été proposé un intermède séduisant, presque un mini-spectacle. António Casalinho et Margarita Fernandes, Principal et Première danseuse du Ballet de Bavière, ont été absolument irrésistibles dans Roméo et Juliette comme dans Le Corsaire. Cela ne fait que quatre ans que le danseur a remporté le Prix de Lausanne, et que de maturité acquise depuis ! Médiatiquement un peu plus dans l’ombre, Margarita Fernandes n’a cependant pas à rougir, soliste dans l’âme. Un duo phare, déjà malgré leur jeune âge, du monde de la danse.

Après les deux gagnants du Young Creation Award 2025 (nous en reparlerons plus en détails sur Instagram), place à la création Our Common Fate de Jessica Lang, réalisée pendant la semaine du Prix de Lausanne avec une vingtaine d’élèves des écoles partenaires. Une pièce très efficace et réussie, jouant sur les mouvements collectifs – que de travail en si peu de temps ! Li Cunxin Ao a enfin reçu le Lifetime Achievement Award. Né en Chine, il a eu une brillante carrière de danseur à Houston puis en Australie, et directeur prolifique du Queensland Ballet pendant plus de dix ans. L’occasion de voir des images d’une autre époque, dans une petite école de danse au fin fond de la Chine dans les années 1960. Autre temps, même passion.

 
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Commentaires (5)

  • JosefZ

    On se demande pourquoi Ms. Womack faisait partie du jury d’un tel concours? Je suis d’accord avec votre analyse. Les personnalités semblaient plus affirmées du côté des garçons et l’académisme plus évident du côté des filles. J’ai bien aimé le commentaire de Shinnosuke Yasuumi qui au micro nous précise que bien qu’il ait l’air d’avoir 13 ans, il en a 18! C’est dommage de ne pas avoir vu de candidats français en finale comme en 2024.

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  • Hervé

    Merci beaucoup pour cette belle description de la sélection décidée par le jury (et marginalement le public), mais pourquoi quoi donc être aussi consensuel? N’y aurait -il pas un manque de courage à interroger les questions de fond que pose en vérité la sélection, à peine effleurées.
    Peur d’être critiqué ou stigmatisé en retour sur les « sujets interdits » et qui pourtant produisent l’effet inverse de celui recherché…. Peut-on honnêtement faire peser sur ces jeunes venus du monde entier, qui tous et toutes ont décidé, au prix de nombreux sacrifices, comme souvent leur famille, de consacrer leur vie entière à cet art magnifique ?
    Toutes celles et tous ceux qui lieront ce message sauront comprendre les enjeux artistiques et de société dont je parle.
    Si seulement l’amour de la danse et le travail acharné pour arriver au meilleur niveau pouvaient d’abord l’emporter, comme c’est originellement l’éthique et la probité de l’idée même d’un concours, nous n’aurions même pas cet échange et les danseurs n’en seraient que davantage honorés et encouragés dans la vie qui s’ouvre à eux.
    A bon entendeur…

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  • Alison sword

    Tout à fait d’accord avec les commentaires sur les candidats primés

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  • Vuillemin Dominique Mme

    Toujours un Grand Bonheur de Vous suivre et lire…..
    MERCI

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  • Valérie

    Shinnosuke Yasuumi a été mon favori depuis le début, mais quel dommage de ne pas avoir vu ses coachings !!! Sur scène, Youn Jae Park s’est magnifiquement distingué.

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